Kingmaker

Trappeur et mites semblable

Ils dorment tous. Enfin, théoriquement, Taëldrian médite, mais, comme il me semble dans le même état comateux et inconscient que les autres, je dirai qu’il dort.

Les derniers jours ont été éprouvants pour le groupe. Après notre retraite risquée du camp de Kressle, nous avons décidé de nous préparer davantage pou faire face à cette ennemie. Mais il s’avère que, même quand nous sommes préparés, même si nous sommes très prudents, la mort nous guette dans les Terres Volées, aussi sûrement que les Faes nous joueront des tours jusqu’à ce que nous les récompensions correctement.

D’abord, il y a eu ce matin, il y a quelques jours, où le groupe s’est définitivement frotté au risque de la dissolution. Moi et Taëldrian, sur l’initiative de ce dernier, tentions de jouer avec Svalk. En vérité, je crois que notre compagnon elfique voyait l’idée de convaincre Svalk de courtiser Gaëlle comme descendant de ses croyances, alors que je le voyais davantage comme un moyen d’évaluer les compétences ou intérêts de ces membres insolites. Cependant, ça n’a pas été une excellente idée, je crois, au vu des résultats au matin.

Voulant les laisser seuls, Taëldrian est allé monter son camp au dehors du fort. Comme je savais que le vieil homme n’aurait jamais le courage de tenter quoi que ce soit, j’étais restée. À son réveil, Gaëlle l’a cherché et, par dépit, j’ai dit qu’il avait décidé de se dissocier de nous pour la nuit. Mes mots ont sans doute dépassé ma pensée, comme à mon habitude. Elle est allée le voir et, même si j’ignore ce qu’ils se sont dit, je peux imaginer qu’il a bien parlé. À leur retour, Gaëlle réclamait qu’il devienne notre dirigeant. Bien qu’elle ait un physique digne du nom de guerrier et qu’elle ait mérité sa place parmi nous grâce à ses poings, cette fille n’en est pas moins la plus naïve que j’aie rencontrée. Je la soupçonne même d’avoir un faible pour le séduisant centenaire qui nous tient lieu de futur politicien. Je l’ai vue le défendre alors qu’il venait de l’insulter, J’ai fini par céder à leur caprice, malheureusement. Je reviendrai en force s’il ose faire une erreur. En attendant, ils avaient tous insisté pour que j’aie une discussion avec lui, mais ça a dû attendre quelques jours.

Quelques jours qui nous ont semblé terriblement longs. Durant notre exploration, nous sommes entrés sur le territoire de chasse de -—- qui n’a ni respect, ni noblesse dans ses méthodes de trappage… Et qui semble chasser tout autant l’humain que l’ours avec ses pièges. Nous en avons désamorcés plus que je n’ai pris la peine d’en compter. Mais nous n’avons pas rencontré l’homme en question durant notre séjour dans son terrain de jeu. Nous avons toutefois croisé Ivan et Gorsh qui nous ont gratifiés d’une nouvelle légende, celle des Enfants de Kamenka, sinistre et inquiétante pour nos projets futurs si elle se révèle fondée. Puis, le lendemain, nous avons mis la main sur une Tatzlwyrm que nous avons terrassée, non sans mal. Sa tête mise à prix a payée le cheval de Taëldrian, c’est dire que la récompense était plaisante.

C’est à notre retour de cette mésaventure que j’ai vidé une de mes dernières bouteilles face à Taëldrian. J’ai joué, je l’avoue. Je me suis amusée, je l’avoue. Je lui ai dit ce qu’il voulait entendre, à ma manière. La vérité, somme toute, mais peut-être ai-je omis quelques détails. Je l’ai fait sourire, même rire, je crois. J’ai feint un début d’ivresse, par plaisir. Il est difficile pour moi d’être touchée d’une véritable ivresse face à si peu de vin. J’ai été habituée au rhum et au whiskey à bord du Perséphone, alors même le bon vin de Borysko a peu de chance de me faire chavirer. Et je ne l’aurais pas laissé me voir hors de mes moyens. Trop risqué. Si je dors avec un couteau sous mon oreiller, c’est peut-être parce que je ne sais pas à quoi m’attendre de lui. Je blague, même si je pouvais tous leur accorder une confiance absolue, ce couteau resterait en place la nuit, vieille habitude tenace qui ne m’a jamais quittée. Et ils sont tellement méfiants envers moi, pourquoi ne le serais-je pas aussi?

Au final, cette soirée s’est avérée être à mon avantage. Je n’ai rien dit qui me gênait ou qui puisse me nuire. J’ai toutefois appris certains détails croustillants. Il faut que je me renseignes sur la vie en Kyonnin, par curiosité, à savoir à quel niveau se situerait un fils de serviteur dans l’échelle sociale. Pour le moment, je ne peux être sûre de rien, mais je soupçonne aussi Taëldrian d’être amoureux, mais de sa propre reine. Et si mes hypothèses se révèlent justes, peut-être est-il embarqué dans cette conquête avec nous pour obtenir un titre de noblesse et ainsi avoir une chance de s’approcher d’elle. C’est une hypothèse tirée par les cheveux, très fleur bleue, mais elle est mignonne, alors je la conserve dans mes possibles.

Le lendemain, nous avons mis le cap au sud après une brève, mais violente tempête qui n’a fait que confirmer l’innocence prude de Svalk et la naïveté de Gaëlle. Si ce n’était de la différence d’âge, je crois que ça aurait pu fonctionner, entre eux. Mais revenons à notre exploration.

Nous sommes allés dormir à la mine d’or, surnommée La Grotte pour le bien du secret. C’est cette nuit-là que nous avons compris ce qui nous arrivait depuis quelques jours. Des Faes ont décidé que nous étions une cible intéressante. Pour les chasser, il faudrait leur offrir un cadeau. Svalk a tenté une chanson, mais j’ignore si ça a fonctionné. Nous verrons bien.

Le lendemain, hier, donc, nous avons découvert, au pied d’un immense sycomore, une entrée vers un repère de mites. J’ai failli y laisser la vie, Si ça n’avait été que des mites elles-mêmes, nous ne courrions aucun risque réel. Aussi malfaisantes soient-elles, ces créatures hideuses sont faibles et manquent d’intelligence. Le mille-pattes géant que nous avons réveillé, toutefois, n’était peut-être pas très intelligent, mais il était suffisamment fort pour nous mettre en danger. Et la tique géante que les mites élevaient comportait sa part de risques aussi. Au prix de ces deux ennemis de taille, nous avons tout de même sauvé un kobold nommé Mikmek et sa statuette sacrée, Comble du ridicule, puisque Taëldrian parle la langue de la bestiole, celle-ci le juge supérieur à nous tous.

Qu’il ne se fasse pas d’illusions. Aussi doué soit-il pour manipuler les gens, je le suis tout autant pour tirer les ficelles dans l’ombre.

Nous sommes finalement revenus à La Grotte pour une nuit de sommeil bien mérité, où je partage la garde avec un kobold endormi. Tant mieux. Avec ces faes qui rôdent et la nature agressive des Kobolds, je ne voudrait pas que leurs tours inoffensifs deviennent à risque.

Écrit par Christina

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Calypsa

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